Dans l'entretien qu'a accordé Joël de Rosnay à Culture Mobile, il y a un passage étonnant, où le prospectiviste s'attarde sur les « imprimantes 3D » qui, selon lui, ne manqueront pas de nous ravir dans le futur proche.

Le côté fascinant de la chose tient à ce renversement : après la phase de dématérialisation du monde, allons-nous vivre une ère de « rematérialisation » ? Si depuis vingt ans, nous transformons les atomes en bits, selon des gourous comme l'Américain Nicholas Negroponte pour démultiplier nos richesses, allons-nous maintenant passer des bits aux atomes ?

Extrait de l'interview :
« Ces imprimantes 3D existent. Elles ont d'abord été réservées à l'industrie pour faire ce qu'on a nommé du « rapid prototyping », mais les militaires américains en ont également utilisé en Irak pour fabriquer sur place des engrenages et des pièces d'armement. Il faut imaginer une imprimante, qui au lieu d'un simple jet d'encre, projette des particules de plastique, et, selon un modèle 3D auparavant conçu sur ordinateur, constitue une pièce de lego, un gobelet, un taille-crayon, une maquette de maison pour un architecte ou de chaussure pour une marque comme Nike - ce que Nike fait d'ailleurs déjà. Ce n'est pas de la science-fiction ! Une imprimante 3D coûte encore très cher, de l'ordre de 10.000 euros, mais les prix vont comme toujours baisser du tout au tout dans les dix ans qui viennent. »

Et Joël de Rosnay de nous parler, dans un bout de l'entretien que nous n'avons pas retranscrit, de la possibilité de construire de véritables coques de bateau via ces « micro usines personnalisées », qu'il appelle des « Mups » ! Le futurologue de la Cité des sciences nous prédit même pour demain toute une nouvelle industrie de la transformation des bits en atomes...

Est-ce bien sérieux ? La qualité de ces objets « imprimés » en 3D ne sera-t-elle pas déplorable ? Et le public va-t-il marcher ? La perspective d'une nouvelle ère du matériel a quelque chose de réjouissant pour qui aime le canard à l'orage et l'amour peau contre peau, mais je me demande si ce n'est pas qu'un rêve de prospectiviste.